Une quinzaine d’appelés à Bazenville

La guerre n’est pas encore déclarée que déjà, le 25 et 26 août 1939, l’épicier Maurice Gascoin et le menuisier André Le Jeune sont les premiers appelés.

 

Le 2 septembre, à la veille de la déclaration de guerre de la France et du Royaume-Uni à l’Allemagne nazie, des cultivateurs et des ouvriers agricoles comme Maurice Grenier et le premier adjoint au maire de Bazenville Jean Marie rejoignent des millions de Français sous les drapeaux. La plupart des hommes valides en âge d’aller combattre, soit de 20 à 48 ans, sont mobilisés. Ils seront en tout 5,8 millions.

 

Préparatifs d’embarquement du 22e régiment d’artillerie divisionnaire (RAD) le 12 septembre 1939 à Caen ©Archives du Calvados

 

« C’est la guerre », Louise Follin née Dumont entend encore son père. Elle a 13 ans et tremble à l’idée qu’il ne parte, comme en 14-18 où sa mère avait tant souffert.

Marcel Poussin, Alexandre Esther et Charles Denize ont eux aussi la hantise de retrouver l’enfer des tranchées.

Le maire Raoul Lemoine lui-même est mobilisé.

 

Le futur maire Raoul Lemoine pendant son service militaire.

Valentin Dumont, 46 ans, sans affectation, reste à Bazenville. D’autres sont rapidement réformés. C’est le cas de Charles Halot, parti le 27 août 1939 et revenu au village pour raisons de santé le 20 décembre de la même année. Ou de Robert Lecordier, mobilisé le 4 septembre et, père de quatre enfants en bas âge, de retour le 11 novembre.

Les derniers appelés, dont Aimé Lecarpentier, quittent Bazenville en avril 1940.

 

Ils ont entre 20 à 45 ans et servent dans l’artillerie et surtout dans l’infanterie. Quelques-uns sont envoyés dans des corps bien spécifiques : la marine pour Maurice Bouet, l’aviation pour le mécanicien Christian Lelièvre ou la cavalerie pour Marcel Marie.

Huit mois durant, les soldats restent sur leur position défensive le long de la frontière nord-est de la France. Ils attendent sans combattre sauf pour ceux qui sont en mer. Ils s’ennuient. Certains reviennent en permission à Bazenville, à l’instar d’André Le Jeune.

 

Le contexte historique

Vives depuis de nombreuses années, les tensions ne cessent de s’accentuer en Europe, aggravées par les problèmes économiques dues au krach boursier de 1929.

L’arrivée d’Adolf Hitler au pouvoir bouleverse l’Europe : le Führer remilitarise la Rhénanie, annexe l’Autriche, occupe les Sudètes en Tchécoslovaquie et envahit la Pologne le 1er septembre 1939.

Le 3 septembre, la Grande Bretagne et la France, alliés de la Pologne, déclarent la guerre à l’Allemagne.

 

A partir du 10 mai 1940, une grande offensive courte et brutale succède à l’attente.

Avec ses chars Panzer appuyés par l’aviation et suivis par l’infanterie, la Wehrmacht envahit si rapidement les Pays-Bas, la Belgique, le Luxembourg et la France, que les Alliés, pourtant mieux armés, sont pris de court.

C’est un cataclysme. Paris tombe le 14 juin, Caen et Bayeux le 18, Cherbourg le 19.

 

Face à cette guerre éclair, à la panique et à la débâcle qui s’ensuivent, le maréchal Pétain appelle à l’armistice. Il sera signé le 22 juin 1940 à Rethondes, en forêt de Compiègne, dans le même wagon et le même lieu où fut signé celui de 1918.

Le lendemain, le dimanche 23 juin, les Allemands entrent dans Bazenville.

 

Cette défaite signe quelques jours plus tard, le retour des soldats français. Le 30 juin, l’épicier Maurice Gascoin et l’ouvrier agricole Robert Gouet retrouvent leur foyer, suivis par d’autres Bazenvillais revenus juste à temps pour récolter les blés. Le 12 septembre, Alfred Lepainteur sera le dernier à retrouver sa ferme où l’attendent son épouse Suzanne et leurs trois enfants Marie-Louise, Madeleine et Pierre.